Pour beaucoup de dirigeants, assurer la protection de ses données se résume à choisir le bon logiciel de sécurité. Cependant, le risque réside autant dans l'accès et le partage des données que dans le choix des outils utilisés pour les protéger. Il convient donc de distinguer ce qui relève d’une décision stratégique et ce qui relève de l’outillage technique.
Une fuite de données sur deux ne vient pas d’un pirate
Il existe trois grandes familles de fuite de données et les confondre conduit à investir au mauvais endroit.
- La première est la compromission : un attaquant entre dans le Système d’Information (SI), le plus souvent par du hameçonnage (phishing) ou grâce à des mots de passe ayant fuité, et exfiltre alors des données. L’utilisation de malwares et l’exploitation de vulnérabilités sont aussi des facteurs de risque courant.
- La deuxième est l’erreur interne : un fichier client envoyé au mauvais destinataire, un lien de partage avec des droits d’accès trop permissifs, un ordinateur portable égaré, un compte privilégié toujours actif qui appartenait à un salarié parti depuis des mois, etc.
- La troisième est la malveillance interne : un salarié ou un prestataire mécontent, sur le départ ou approché par un concurrent, qui copie volontairement des fichiers clients, des grilles tarifaires ou des documents stratégiques. Moins fréquente que les deux premières, elle est aussi la plus difficile à repérer, car son auteur utilise des accès parfaitement légitimes. En Europe, l’utilisation abusive de ses droits par un acteur interne est à l’origine de 8 % des violations analysées par le Verizon Data Breach Investigations Report 2025.
La Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) a enregistré 6 167 notifications de violations de données en 2025, en hausse de 9,5 % sur un an. Un incident sur deux faisant l’objet d’un signalement est la conséquence d’un piratage. L’autre moitié tient à des causes non malveillantes, au premier rang desquelles se trouvent l’envoi de données à un mauvais destinataire ainsi que la perte de matériel sur lequel se trouvent des données accessibles en clair. Autrement dit, la moitié des fuites constatées par la CNIL sont la conséquence d’une erreur ou d’une négligence, qui transforme un canal légitime en premier maillon d’une chaîne d’événement qui aboutit à une fuite de données : un courriel légitime, un appareil de l’entreprise, un partage oublié.
Par conséquent, la bonne nouvelle pour un dirigeant, c’est qu’une grande partie du risque se traite par des décisions organisationnelles et non à travers un budget technique.
Quelles données faut-il protéger en priorité ?
La prévention ne commence pas par un achat, mais par un état des lieux qui doit aboutir à un arbitrage que vous êtes seul à pouvoir rendre. Toutes vos données n’ont pas la même valeur, et vouloir tout protéger au même niveau revient à ne rien protéger efficacement.
Trois catégories de données méritent une attention distincte.
- Les données que vos clients, adhérents ou patients vous ont confiées viennent en premier : leur fuite peut nuire irrémédiablement à votre activité, votre réputation, et à la relation de confiance avec vos clients.
- Les données contractuelles et financières, dont la divulgation vous expose juridiquement et commercialement.
- Enfin, votre savoir-faire et votre propriété intellectuelle (dossiers techniques, méthodes, tarifs) dont la valeur est précisément d’être connus de vous seul.
La question à traiter en comité de direction est donc la suivante : quelles sont les données, qui, si elles étaient divulguées demain, seraient le plus à même de causer un véritable préjudice ? Ce référentiel est rarement formalisé par écrit dans une PME. L’établir constitue le premier acte de prévention.
Trois décisions qui couvrent la majorité des cas
Une fois les données prioritaires identifiées et référencées, trois mesures offrent le meilleur rapport coût-bénéfice.
1 - La mise en place de l’authentification multifacteur (MFA)
Sans MFA, un simple mot de passe volé permet alors d’accéder directement à vos données d’entreprise. C’est pourquoi, exiger un second élément en plus de celui-ci pour accéder aux outils sensibles, via une application d'authentification, un jeton physique, ou à défaut et s’il n’existe pas d’autre moyen un code transmis par email ou SMS, permet de drastiquement réduire les possibilités d’accès frauduleux à vos données. La mesure est connue, mais encore assez peu déployée : selon le baromètre national de la maturité cyber des TPE-PME publié en octobre 2025 par Cybermalveillance.gouv.fr, 84 % des entreprises disposent d’un antivirus, mais 26 % seulement d’une authentification renforcée.
2 - La revue régulière des droits d’accès. Qui peut ouvrir quoi ? Les comptes des salariés ayant quitté l’entreprise sont-ils supprimés ? Les accès administrateur sont-ils bien réservés à ceux qui en ont le strict besoin ? Cette revue ne demande pas d’outillage particulier en dehors d’un tableur, et d’une décision organisationnelle et d’un peu de discipline.
3 - La maîtrise des autorisations affectées aux fichiers partagés. Il s’agit d’un des principaux vecteurs de fuites involontaires. Un lien ouvert à tous est une porte entrebâillée. Si une partie de vos données se trouve dans le cloud, notre article sur la manière de sécuriser vos environnements cloud détaille les réflexes utiles.
Et les outils de DLP ? Les solutions de prévention des fuites de données (DLP, Data Loss Prevention) surveillent les flux sortants, qu’il s’agisse de la messagerie, des supports amovibles ou du cloud, et bloquent ce qui ne doit pas quitter l’entreprise. Cependant, sans inventaire détaillé des données, ni matrice des droits d’accès établissant qui peut consulter quelles données, l’outil ne distingue pas un envoi légitime d’une fuite : trop strict, il est contourné, trop permissif, il est exsangue. Le DLP applique la politique de cybersécurité, il ne la remplace pas.
Sauriez-vous si certaines de vos données faisaient l’objet d’une fuite ?
Les mesures précédentes contribuent à réduire le risque ; elles ne le voient pas se réaliser. Une exfiltration réussie est, la plupart du temps, effectuée de manière discrète. Faute de journalisation et de surveillance du SI, l'entreprise ne détecte pas la fuite : elle l'apprend d'un client, d'un partenaire, ou de l'attaquant.
L’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI) a traité 196 incidents d’exfiltration de données en 2025, contre 130 l’année précédente. La prudence s’impose vis-à-vis de ce chiffre. L’agence précise que moins de la moitié des fuites revendiquées sont confirmées, le reste relevant de fausses informations ou de données déjà en circulation. La tendance reste néanmoins à la hausse, et elle pose une question simple aux dirigeants d’entreprises : si cela vous arrivait, le sauriez-vous ? Et par qui l’apprendriez-vous ?
Si cela arrive : les 72 heures
L’article 33 du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) vous impose de notifier une violation de données personnelles à la CNIL dans les 72 heures suivant sa découverte, et d’informer les personnes concernées lorsque le risque est élevé. Cette obligation s’applique quelle que soit la taille de l’entreprise et quelle que soit la cause de l’incident.
Afin d’anticiper d’éventuels incidents de ce type, une partie de la préparation est administrative, et elle ne coûte rien. À cet effet, il y a trois questions auxquelles vous devez être en mesure de répondre :
- Qui décide en cas de crise ?
- Qui rédige la notification ?
- Quelles traces techniques permettront de comprendre ce qui s’est passé ?
La CNIL a annoncé en 2026 un renforcement de ses contrôles en matière de cybersécurité. Savoir réagir vite n’est plus seulement une bonne pratique. Le site cybermalveillance.gouv.fr fournit les démarches à suivre, et cette préparation rejoint directement votre responsabilité de dirigeant en cas de cyberattaque.
À retenir
- Une fuite de données sur deux n’est pas due à un piratage : la moitié des incidents vient d’une erreur ou d'une négligence interne, pas d’une intrusion qu’il aurait fallu bloquer.
- Établissez une classification de vos données avant d’envisager d’investir dans des solutions techniques : la prévention commence par déterminer quelles sont les données les plus à même de causer un préjudice si elles venaient à être divulguées.
- La mise en place de l'authentification multifacteur et la revue des droits d’accès offrent le meilleur rapport coût-bénéfice, sans avoir à recourir à des solutions techniques avancées.
- Sans moyens de journalisation et de surveillance, une exfiltration peut passer inaperçue jusqu’à ce qu’un tiers vous prévienne.
Par où commencer ?
Lorsque l’on souhaite améliorer son niveau de protection et de résilience face à la menace cyber, il arrive fréquemment que l’on se mette en quête d’un outil avant d’avoir établi ce qu’il y a à protéger. Procéder à l’inverse peut vous faire gagner du temps et de l’argent. Un état des lieux de vos données, de vos accès et des éléments constitutifs de votre système d’information, mené par un tiers indépendant de votre prestataire informatique, vous dit ce qui est exposé et par quoi commencer.
C’est l’objet du diagnostic de cybersécurité de CT-SQUARE : une évaluation menée sans perturber vos opérations, à l’issue de laquelle vous seront remis une synthèse présentable en comité de direction, ainsi qu’un plan d’action détaillé, hiérarchisé et aligné sur les préconisations de l’ANSSI. Demandez un diagnostic pour en discuter avec nos équipes.
Crédits photo: Rafael Minguet Delgado
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